Exceptionnellement et compte tenu du week-end ensoleillé annoncé, nous décidons de nous la jouer à l’américaine pour le voyage : pick up double cabine et benne remplie à ras bord pour trois enduristes ! Le Renault Trafic, c’est confortable, mais au bout d’un moment le passager du milieu se retrouve irrémédiablement avec le tableau de bord imprimé en négatif sur le genou gauche.

Jaco, au vu de ses proportions généreuses, prend place en passager à l’avant tandis que David se faufile sur la banquette arrière.

Voyage sans encombre, un ralentissement sur l’autoroute pour cause d’accident, et quelques heures plus tard nous voilà aux Alpes du Grand Serre, une petite station familiale bien sympatoche comme disent les jeunes.

Direction la salle des fêtes pour le retrait des plaques, puis passage par la pizzeria locale, où le barman-pizzaiolo fait aussi office de maître des clés. Il farfouille dans son tiroirs, remue son fatras de clés, reprend une bouffée d’oxygène et replonge pour continuer sa fouille… Il finit par téléphoner au proprio qui lui détaille la forme du porte-clés, un losange rouge. Losange rouge, losange rouge, los... Ah enfin !

Nous pouvons prendre possession du logement, un petit studio avec canapé/lit et deux couchages superposés dépliants.

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Un rapide aperçu des lieux nous laisse dubitatifs sur les qualités de bricoleur du propriétaire des lieux : Du papier peint mal posé, des meubles de cuisines peints avec une queue de vache, des placards bancals, des cales pour remettre de niveau tout ce qui peut être accroché… Un artiste né ! On se demande quand même comment vont résister les lits superposés pliants et si on ne risque pas de se retrouver en vrac en s’allongeant.

Rapide coup d’œil au coin toilette/douche, j'ai un flash en voyant l'installation. Car oui, j'ai un don et j'ai développé une petite affaire de médium : contact avec avec l'au-delà en qualité dolby surround (pour le prix d'un appel normal de 75 heures en Papouasie orientale), rabibochage avec l'être aimé (séquestration, GHB...) et distributeur officiel de Croix du Nord made in Taiwan.

Bref, un flash.

« Et si on plaçait le chauffe-eau juste au dessus des chiottes ?

-        je valide mon Raymond, vas y perce les trous pour les fixations ! C’est pas de niveau ? Bof, pas grave, il me reste toutes les cales périphériques du parquet flottant. Tu as mis des chevilles solides ?

-       Pas besoin ! Des vis à placo et des rondelles, du moment que tu tapes pas trop fort le chauffe-eau en te relevant, ça devrait pas bouger. Je laisse un casque à coté de la brosse à chiotte ?

-        T’es con Raymond ! »

Les VTT et toutes nos affaires sont empilés sur la petite terrasse qui ferme avec une baie coulissante, ça, c'est le coté pratique du logement.

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Samedi matin ,début des hostilités : Une journée d’enduro , 5 spéciales avec un peu plus de 1000 mètres de dénivelés positifs. La première liaison se fait par la route (on la reprendra partiellement pour la deuxième liaison), c’est un peu monotone et nous montons tranquillement.

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Arrivés sur le départ de la spéciale, avec David nous allons jeter un coup d’œil sur les 300 premiers mètres (un long pédalage à plat, puis un tracé en sous bois). Nous repérons quelques pièges et les trajectoires qui permettent de les éviter. Ce qui nous permettra de gratter quelques secondes.

Top départ, gaaaas ! La première spéciale me laisse toujours un goût étrange, j’ai systématiquement l’impression de me traîner et de lutter avec le terrain, j’arrive en bas avec les cuisses en feu. Pas trop le temps de réfléchir, on remonte la fin de la liaison précédente.

Même départ, mais ce coup-ci le pédalage est encore plus long, de nombreuses petites montées caillouteuses et limite trialisantes parsèment le tracé. C’est beaucoup plus engagé que la spéciale 1, avec quelques pierriers bien vicieux. Un signaleur me lance un "Attention"  que je prends pour un "Stop !", qui finalement était un appel à la prudence car un pilote blessé était sur le côté.

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Je rattrape Jaco sur le dernier pierrier et alors qu’il a fait le plus dur et qu’il s’apprête à franchir le petit pont au bout duquel se trouve la ligne d’arrivée, je le vois faire une superbe figure (9,5 sur l’échelle de Philipe Candeloro) et se mettre en travers du pont.

C'est simple, faisant barrière de son corps emmêlé avec la machine il empêche tout passage, une véritable ligne Maginot. Le temps de démêler tout ça, on perd bien une bonne vingtaine de secondes !

Gros ravitaillement et on repart pour une liaison que l’on fait en poussant nos montures. Beaucoup plus ludique, avec quelques problèmes de balisage, de courtes mais usantes montées.

Je rattrape Jaco dans de grands virages à plat en sous bois, roue dans roue il y a du tirage de bourre dans l'air, nous franchissons la ligne d'arrivée bien rincé par le pédalage final.

Retour à  la station par la route.

Pour accéder aux deux dernières spéciales nous prenons le télésiège, départs dans les alpages, sur la piste de border-cross, grosse prise de vitesse, de grands virages et un pédalage pendant lequel les pédales viennent souvent au contact du sol. On plonge enfin dans les sous-bois, c’est beaucoup plus rapide et moins technique, presque reposant.

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A nouveau une remontée en télésiège et départ identique, le staff nous indique qu’il y a un saut mais qu’il ne faut pas s’enflammer. Un pilote passe à mach 3, saute très très haut, lâche le VTT et finit sa trajectoire en se raccrochant aux branches… Résultat : deux poignets, une clavicule et une attente interminable pour l’évacuation en hélico. On en profite pour faire une petite sieste.

L’hélico n’arrivant toujours pas, l’organisation décide malgré tout de nous faire partir après une inspection scrupuleuse des protections dorsales.

Parcours tout aussi plaisant, qui finit par une arrivée dans la station.

Il est l’heure d’aller se prendre une bonne douche. Un petit point mécanique, une tartiflette offerte par l’organisation et quelques bières plus tard, nous regagnons notre petit logement.

Le ciel s’est chargé de beaux nuages noirs et la pluie commence à tomber, pas suffisamment pour donner un peu de grip sur des tracés extrêmement poussiéreux.

Le programme du dimanche débute par la reconnaissance d’une partie de la DH marathon, nous montons tranquillement à vélo. Les fusils de chasse s’en donnent à cœur joie dans la vallée, un chasseur passe vers notre attroupement tandis que les dernières consignes sont données.

Un saut dans la pente, un road gap, allez y calme, c’est une reco… Ni une, ni deux, au bout de 200 mètres, un pilote se satellise dans une partie relativement pentue avec plusieurs sauts. On prend l’échappatoire. Cinquante mètres plus loin on peut enchaîner sur un roadgap : on décide de faire sans… Echappatoire à nouveau. S’en suit une succession de passages droits dans la pente avec possibilité d’échappatoires, en restant sur le large chemin 4x4, c’est beaucoup plus long mais si les gens sont empilés dans le toboggan c’est un gain de temps. On avisera en course.

Il y a vraiment beaucoup de pente et David ne le sent pas trop, il sort la carte « problème mécanique » et préfère assurer la logistique en venant nous chercher au village où se fera l'arrivée, ça nous évitera d'attendre la navette pour remonter à la station et nous pourrons prendre la route directement.

Pour la course je me déleste de mon sac à dos avec atelier ambulant, je prends juste une bouteille d’eau. Nous accédons au départ par télésiège suivi d’un poussage. Le start était prévu plus haut, mais une panne sur un télésiège ne le permet pas. L’orga se rabat sur une solution bis : le départ se fera un poil plus bas que prévu et a un endroit beaucoup moins large : du coup, impossible de positionner tous les VTT sur la même ligne. Arrivés dans les derniers, avec Jaco on se retrouve derrière les autres sur une troisième ligne.

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Départ façon 24 heures du Mans, on se positionne 20 mètres plus bas que les vtt. Pour nous c’est plus technique il faut enjamber deux lignes de VTT avant d’atteindre les nôtres… le signal de départ se fait au pistolet : test (3,2,1, détonation nickel), un faux départ (3,2,1, clic, clic) , un second faux départ (3,2,1, clic clic mais go quand même parce que ça va pas faire chier pendant des plombes c’t’histoire !). Les 150 pilotes convergent vers le goulet d’étranglement situé à 50 mètres du départ… C’est chaud, ça frotte, ça pousse !

Vu notre position de départ, difficile de se trouver dans le peloton de tête. On quitte les alpages pour s’engouffrer dans les bois, je suis calé dans la roue de Jaco qui pour éviter les bouchons s’est mis en mode débardeur et vient de créer sa propre trace à travers les sapins, on double une petite dizaine de concurrents.Le nuage de poussière est énorme et j'ai déjà la gorge sèche.

Partie plongeante, on arrive au road-gap qui est officiellement fermé pour cause d’inventaire des dents du dernier pilote qui l’a emprunté.

Arrive les toboggans, il y a un peu trop de monde sur le premier passage : j’opte pour l’échappatoire sur le chemin 4x4, deuxième partie plongeante, il y a juste un pilote engagé, je délaisse l’échappatoire et plonge dans la pente. Mauvais choix ! Le pilote s’étale devant moi, j’ai beau hurler pour qu’il vire son VTT du passage, il n’a pas le temps de le faire et je me vautre à mon tour.

Je remonte sur le vélo un peu agacé... J'ai perdu un beau paquet de secondes, dernière trace droite dans la pente avant de traverser la rivière, je prends suffisamment de vitesse pour ne pas être bloqué par les rochers, le pédalage qui suit me calme direct.  J’aperçois Jaco derrière qui appuie pour me remonter... J'ai l'impression d'être collé au terrain. Enfin la pente s'inverse et ça devient rapide et piégeux avec des options échappatoires un peu partout. Je reste sur la trace principale (nous n'avons pas vu de passages infranchissables lors de la reco du matin, donc j'y vais confiant), de la poussière plein les yeux mais tout va bien.

J’aperçois David venu nous encourager sur le bord la piste, l'arrivée n'est plus loin. Encore quelques coups de pédales et de la vitesse sur un large sentier.

Vraiment une belle course, dommage de ne pas avoir pu prendre un départ normal avec une ligne unique, on fera mieux l'année prochaine.

Classement enduro : 97ème JC, 112ème David, 115ème Jaco.

classement DH : 58èeme jc , 61ème Jaco.