Vous avez lu l'histoire de Jesse James ? Comment il vécut, Comment il est mort ? Ça vous a plu, hein ! Vous en d'mandez encore ? Eh bien, écoutez l'histoire de Bonnie and Clyde...

Aaah, on me glisse à l’oreillette que je ne suis pas là pour ça mais pour faire un compte rendu sur l’enduro de Giromagny… A ne pas confondre avec l’enduro de Geronimo : tout le monde le sait, Geronimo n’avait pas de vélo et il préférait chevaucher de fiers étalons à la poursuite de robustes bisons en faisant youyouyouyou en tapotant sa bouche du plat de la main…Si si, je l’ai vu dans un documentaire en noir et blanc avec John Wayne.

Giromagny, c’est tout prés des ballons d’Alsace. Pourquoi les ballons d’alsaces me demande Franck R. ? Ils sont mieux que les autres ? Un cuir de meilleure qualité ?  Une rondeur sans égale?  Je ne  m’étendrai pas dans des explications fumeuses et périlleuses, au risque de nous emmener dans des nébuleuses lointaines et pour le coup très nébuleuses.

Bref, en cette fin de samedi après midi, nous voici avec Jaco sur le ballon d’Alsace à 1100 m, entourés non pas de bisons mais de belles salers, Nous décidons de partir pour une petite marche sur la liaison n°1 histoire de se dégourdir les guibolles. Rencontres surprenantes avec des druidesses s’adonnant au land-art : l’une s’affaire à lier des fils de coton colorés sur un canevas de branches de sapin: alors que l’autre caresse les hautes herbes pour les coucher: créant ainsi une sculpture. Nous laissons les artistes à leurs œuvres éphémères et revenons installer notre campement.

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Jaco dormira dans son camion et moi dans ma tente queshua 2’’ que je n’ai pas ouverte depuis quelques mois… Une bonne odeur de moisissure se dégage à l’ouverture. Petit repas du soir, une délicieuse bière belge accompagnée d’une bonne quiche made in Martine et de quelques pâtes.

Une casserole sous le bras, une voisine vient nous demander si nous avons un récipient plus grand que le modèle qu’elle nous montre.  Honteusement et avec une pointe de jalousie, nous lui désignons le modèle mini, directement sorti du « coffret Barbie invite Ken à prendre le thé »  (25,99 euros au Carrouf de Pontarlier) qui nous a servi pour chauffer nos trois pâtes.

Jaco tape la discute avec un mec qui veut se lancer dans l'aménagement de sa camionette.

Il commence à faire nuit, nous regagnons nos couchages, la chaleur est telle que je ne ferme pas la  tente, idem pour Jaco qui laisse la porte du trafic ouverte.

Le refuge qui jouxte le parking ou nous stationnons est occupé par une bande de joyeux retraités qui causent fort et ressassent les souvenirs du siècle dernier, à base de « quand j’étais gamin… », « ouuuhh mais alors là »,  « qui veut finir la glace ? vous allez pas me laisser ça », « on les rentre les tables », « mais non, on va pas se les faire voler », « c’est ça !  t’as qu’a  le crier sur les toits » , « qui a bu mon verre de stéradent ? ». Zzzzzzzzz... Le sommeil m’emporte. Une heure plus tard, un bel orage me fera sursauter, suivi d’une averse de grêle. Le taux d’humidité dans la tente est au maximum, l’extérieur du duvet est trempé, j’aime bien !

6h30 : Les voitures des participants commencent à arriver. Petit déj’ à base de bananes, puis direction le retrait des plaques. On s’équipe, j’opte pour la dorsale la plus légère et la plus aérée. La journée promet d’être longue, avec une prédominance d’odeur de transpiration.

Nous partons tranquillement sur la première liaison. A mi-chemin, les organisateurs ont prévu une  pause café / gâteaux dans un bar-restaurant : Rriche idée, mais les bananes avalées au petit déj sont encore un peu trop présentes… Burp !

Encore  quelques centaines de mètres et nous voilà au départ de la Spé1, matérialisé par une arche gonflable Redbull . J’ai l’impression de prendre le départ d’une Rampage ! Bon, je vous l’accorde, sans le gros vélo, sans le dénivelé et sans le sable : on est plus proche du départ d’une rando. Les premiers mètres se font dans un pré avec quelques virages avant de plonger en sous bois… Snif, adieu canyon gap et backflip !

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Le terrain est très souple, j’ai vraiment l’impression de rouler dans de la terre de bruyère ou  de la poudreuse. Deux cents pilotes sont passés avant nous et les quelques appuis ont été réduits en poussière. La première partie est relativement plate, ce qui permet un réveil en douceur. Une bonne côte nous rappelle que c’est de l’enduro. S’en suit une trace droit dans la pente ou de nombreux pilotes sont, selon leurs niveaux, à pieds, entourés autour d’un arbre, à plat ventre au milieu de la piste (cocher la ou les bonnes réponses) … Ca bouchonne sévère et il n’y a pas d’options pour doubler. Les secondes filent par paquet de 10. Pas de stress, on est là pour se faire plaisir !

Nous repartons pour une liaison très courte au pourcentage qui ferait rêver Mélanchon au premier tour d’une présidentielle.

Départ de la spé 2 : le terrain est identique, avec un petit pierrier en prime (j’ai pu le repérer avant). Toujours des pilotes en perdition sur les passages un peu techniques et des secondes qui s’envolent. Je me fais surprendre par une petite côte juste après un virage gauche…Mauvais rapport, obligé de pousser. Ah, c'est déjà fini ?!? Ce sera la spéciale la plus courte.

Jaco arrive avec un prélèvement  de terre sur le devant du maillot,  c’est son coté céréalier, il a besoin d’aller à la rencontre des éléments. Pas de blessure, c’est le principal.

Nous nous élançons sur la 3ème liaison, une heure à pédaler / pousser. La spéciale 3 présente peu de dénivelé, elle est assez ludique.  J’ai un peu de mal à trouver les rubalises : beaucoup sont couchées ou peu visibles, je suis même carrément à l’arrêt sur un passage.

L’arrivée se fait dans un hameau. Crevaison à l’avant pour Jaco, nous nous posons à l’ombre pour réparer. Le temps de démonter la roue avant, le pneu arrière décide de ne pas être en reste et se dégonfle. Dilemme, je suis en 26 pouces et Jaco n’a qu’une chambre à air 27,5. La chambre est pincée. On sort le papier de verre et les rustines en espérant que ça tienne.

Pendant ce temps, à quelques mètres, le ton monte entre un habitant et un pilote qui avait posé son vélo contre un muret. Le fait est que le muret était dans la propriété d’une brave personne qui s’est senti l’âme d’un Zlatan et a envoyé d’un superbe plat du pied le vélocipède intrus hors de sa propriété, tout cela sans donner d’avertissement et sans attendre le coup de sifflet de l’arbitre. Résultat : le superbe vélo carbone s’est retrouvé 2 mètres en contrebas du muret dans les rochers ce qui à moyennement fait rire le pilote. Le foot, c’est moche ! L'ambiance est digne d'une rencontre PSG-OM, mais nous ne nous attardons pas, les réparations étant terminées, nous filons vers le ravito (impasse sur les gaufres mais boissons isotoniques à gogo.). La liaison qui se profile sera à effectuer deux fois (encore une petite heure pour arriver au départ, en poussant, pédalant, escaladant… le dernier mur est usant ! )

Pour la spéciale 4, nous reprenons le tracé de  la spéciale 1 que nous avions fait en 2014 : La fatigue commence à se faire sentir, j’ai des trajectoires un peu foireuses, je fais des erreurs à la pelle.

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On se retrouve au ravitaillement pour reprendre des forces afin d’attaquer la même liaison. Au bout d’une centaine de mètres, Jaco jette l’éponge, et ce n’est pas l’envie qui me manque de faire marche arrière, j’ai les talons un peu échauffés par ces multiples poussages et quelques signaux indicateurs de crampes à venir se mettent à clignoter, je serre les dents et je pousse. L’ascension se fait dans la bonne humeur avec quatre filles qui ne veulent rien lâcher et se motivent pour aller au bout. Le dernier mur à monter et c’est bon ! Le quad ferme la marche, nous sommes les dix derniers à nous élancer dans la spéciale 5.

Les filles partent devant pendant que je reprends mes esprits, affalé dans la mousse. Dés les premiers mètres, j’ai le choix entre un plongeon dans un mur de rochers avec virage serré à gauche ou l’échappatoire. Le bon sens me dit d’assurer … 5 secondes avant le top, j’hésite encore et au signal je fait preuve d’une grande lucidité et me surprend à plonger droit dans le mur ! Je passe nickel et ça me met en confiance pour la suite. Très ludique, cette dernière spéciale reprend la spé 2 de 2014 avec un départ un peu plus haut. Je retrouve quelques forces et arrive à apprécier le tracé. Je rattrape une des filles, puis une seconde et une troisième, les dépassements se font dans la bonne humeur, sans stress. Je franchis la ligne d’arrivée et prend la direction du centre de Giromagny.

Petite pose près d’un fontaine pour me jeter un peu d’eau fraîche sur le visage, au moment de remonter sur le VTT, une énorme crampe au mollet me couche sur la chaussée… Grand moment de solitude !!!  Un mec passe en scooter et ne me calcule pas... Un des rares pilotes restant passe à ma hauteur et me tire de cette situation douloureuse et un peu gênante. Je me relève et plonge la jambe concernée dans la fontaine… Je reprends la direction de l’aire d’arrivée accompagné de mon sauveur, un petit jeune qui débute en enduro et qui a trouvé ça génial.

Il n’est pas loin de 16h00, un plateau repas avec lasagnes et éclair au chocolat plus tard, je m’approche du stand « Loizo Rider Productions » et je tends la puce à monsieur Clementz et madame Difienthaler, ils me remettent un ticket avec mon classement que j’ai le plus grand mal à déchiffrer  #presbytie #culdebouteille #metsteslunettesvieuxcon.

Pendant ce temps, les organisateurs ont prévus des épreuves dignes d’Interville époque Guy Lux, quelques pilotes ne se prenant pas au sérieux (dont Killian Bron) nous gratifient de dessous moulants remontés jusqu’au dessus du nombril du plus bel effet, avant de s’élancer dans cette dernière épreuve. Un parcours d’agilité sur BMX en claquettes, des modules rendus humides par quelques rampes d’arrosage, un remake du lancé de fer à cheval avec des pneus, un speaker au taquet et des lots craignos pour les vainqueurs contribuent à mettre le feu et clôturer dignement une belle  journée d’enduro.

S’en suivra un podium sur bottes de foin. Normal !

Je suis claqué mais certain de revenir !

Classement scratch :  JC : 169ème sur 300