La mountain of hell, une course mythique qui rassemble 700 pilotes pour un départ en mass-start depuis le glacier (3384 m), avec des pointes à plus de 90 km/h pour finir les bras en bouillie sur le sentier pédestre de Venosc.

Mon pèlerinage annuel, depuis quelques années. Je ne faisais pas le malin quand je me suis engagé pour la première fois sur la troisième édition après avoir lu un article sur VTT Mag !

Pour cette dix-septième édition, la météo fut incertaine jusqu'au dernier moment : pneus boue ou pas pneus boue ? Coupe vent ou crème solaire ? Slip en laine ou maillot de bain ? Les ch'tis en Siberie ou les ch'tis à Ibiza ?

Cette année nous sommes trois de Velo Morvan nature à faire le voyage, David, Jacques, pour qui c'est une première, et moi-même.

Nous arrivons le jeudi en fin d'après midi dans notre location habituelle : un logement sympa de plain-pied, petit coin de pelouse avec vue imprenable sur la combe de Venosc.

Notre pote Guillaume et ses deux acolytes n'arriveront que tard dans la nuit, nous nous donnons rendez vous vendredi matin pour les recos. Nous décidons de rester au calme et de déguster quelques verres de rata. Jacques, malgré sa stature et sa force, se heurte à un bouchon des plus récalcitrants : il faut se mettre à deux pour accéder au précieux nectar. Un peu agacé par cet acte de rébellion on décide de ne pas laisser de seconde chance à la bouteille.

Vendredi matin, nous retrouvons Guillaume accompagné de ses deux compères Body et Vévé qui ont mis les réglages déconnades et chansons ringardes tout à fond. C'est aussi leur baptême du feu.

Nous repérons la partie basse du glacier : vu l'horaire la neige est très molle et les trajectoires sont zigzagantes. Nous descendons jusqu'à l'entrée du GR qui est interdit aux recos en VTT puis remontons pour rouler le tracé de la manche de qualif. Cette anné, une manche très roulante et rapide, avec l'arrivée habituelle à Mont de Lans.

Après cette journée de repérage, nous vérifions la mécanique. David a un soucis de passage de vitesses insoluble. Dom, notre mécano attitré, n'est pas là, mais Jacques finira par diagnostiquer une erreur d'entretoise dans le montage de la cassette (deux pignons accolés, ça passe beaucoup moins bien du coup). Mes freins hydrauliques sont un peu spongieux et les plaquettes bien usées, mais je me dis que ça le fera pour la qualif.

Nous retrouvons Benoit, Vivien, Anthony, et la team Guigui pour une petite soirée autour d'un barbecue et finissons dans un pub local avec quelques mousses, l'attraction principale du bar étant un billot de bois dans lequel les clients doivent enfoncer un clou énorme avec un marteau dont le poids en grammes est inversement proportionnel au taux d'alcoolémie ambiant. Les traces au plafond ne laissent aucun doute sur la dextérité des habitués.
Tandis que les plus jeunes décident de continuer leur virée dans les bas fonds des Deux Alpes, nous déclinons l'offre pour être d'attaque samedi.

Je part en vague numéro 1 (vague de 100 pilotes) avec le dossard n°22, ce qui me place en 3ème ligne dans le sillage d'un certain Jérôme Clémentz : Je n'aurai l'occasion de le voir que sur la ligne de départ !

Dés que le terrain commence à plonger, je me rend compte que mon freinage arrière n'est vraiment pas au top, je dois avoir une bulle d'air qui se ballade dans le circuit et je suis obligé de pomper sur le levier pour retrouver un semblant de freinage. Je me fais deux frayeurs avec deux tout droit et laisse filer une bonne dizaine de places.

Nous empruntons la piste « Les Sapins » et terminons sur une partie de la « Tallias » : virages, virages, virages jusqu'à Mont de Lans.

Je finis 34ème de ma vague et 184ème au général de la qualif, ce qui me place en 10ème ligne pour le départ sur la glacier.

Jacques, qui partait dans la même vague que David, le devance sur la ligne d'arrivée, contents de leur course qui les place respectivement en ligne 13 et 14.

Atelier mécanique, crevaison lente sur mon tubeless (ça devient systématique !) : je passe l’arrière en chambre à air (que je gonfle à plus de 2 bars !).

Dimanche matin, 4h45 : ça fait une petite heure que je me tourne et me retourne dans mon lit, le réveil se met en branle. Déjeuner rapide, on s'équipe et nous nous dirigeons vers le télécabine, où la file d'attente est conséquente. Embarquement... Nous sortons de la chape de brouillard qui baigne les deux Alpes et atteignons le restaurant d'altitude (3200 m) sous un beau soleil. Le resto est fermé : nous avions l'habitude de faire une pause au chaud, tant pis ! Nous filons jusqu'au funiculaire qui nous propulse à 3384 m d'altitude.

Le spectacle est toujours aussi grandiose, le soleil est de la partie, l'instant est magique !

Nous déposons nos VTT sur nos lignes de départ et trouvons une place à l’abri du vent. Jacques et David se lance dans une descente en luge improvisée.

C'est le grand moment, les accords de guitare de l'intro d'Highway to Hell viennent chauffer à blanc les 700 pilotes. L'hélicoptère tourne autour de nous, ambiance unique !

Le coup de corne de brume retenti ! ça y est, une déferlante de mecs en VTT dévale les pentes du glacier. Dans un silence absolu, quelques grincements de freins, le ronronnement de la neige sous les pneus, le vent qui s'engouffre dans le casque. On tutoie les 80 ou 90 km/h. Le regard se porte au loin pour anticiper les chutes et les amas de pilotes.

J'arrive au niveau du virage du restaurant : A cet endroit la neige est molle, je me décale coté gauche : mauvais choix... un concurrent vient de s'allonger à quelques mètres devant moi, inutiles d'essayer de freiner ça ne changerai rien : je couche le vélo pour éviter le strike.

Guillaume vient de se faire percuter par un pilote, sa pédale est complètement imbriquée dans les rayons avant de l'autre VTT.Je me relève, remets le guidon droit et pousse mon vélo sur quelques mètres dans la partie molle, la pente s'accentue à nouveau, la neige est plus dure, je remonte en selle.

Toujours dans le neige, je retrouve David. On sort de la partie enneigée ensemble et on se tire une petite bourre après le premier coup de pétard. Quelques virages plus loin, juste avant la gare intermédiaire du télécabine, c'est le bouchon. On met bien 5 à 10 minutes. Jacques nous a rejoint.

Le trafique se fluidifie et je pars devant avec Jacques dans ma roue puis David, quand une grosse sensation de floue se fait ressentir à l'arrière : crevaison par pincement. Je me range sur le bas coté et répare, je fais 500 mètres et rebelote dans un passage un peu cassant dans lequel je met un peu trop d'engagement. Ça tombe bien j'ai une deuxième chambre à air ! Les concurrents passent, on s'encourage mutuellement, un pilote s'arrête pour me demander la pompe. Je n'ai plus aucune raison de me dépêcher, on prend le temps de discuter. Je finis de réparer. J'ai gonflé à bloc car je ne peux pas me permettre une autre crevaison et je voudrais arriver avant la fermeture du GR.
L'idée c'est de rouler en mode rando pour ne pas pincer une troisième fois et franchir la ligne d'arrivée. J'ai même le temps d'admirer le paysage et de ramasser un masque scott qui traîne.

J'arrive avant la barrière horaire pour le sentier piétonnier, là, c'est un peu la cata, pris dans un flux de pilotes qui sont en galère à chaque virage. Le plaisir est fortement diminué, je prend mon mal en patience. Sur les « grosses difficultés » des files d'attentes conséquentes se créent et des commissaires font passer par un itinéraires bis, ce qui évite d'attendre, mais ils appliquent des pénalités, l'un dans l'autre je me dis qu'en terme de temps ça doit être kif-kif, je choisis plusieurs fois de passer à coté du tracé officiel et me prend 3 pénalités !

On arrive sur "la Diable", c'est un peu plus large et je double en faisant les intérieurs comme un goret, je franchis la ligne d'arrivée même pas essoufflé : c'est dire le rythme imprimé dans le GR !

Un peu déçu, mais déjà prêt pour l'édition 2017, je retrouve les copains Jacques finit 337ème , David 398ème, moi je suis loin, très loin, en 1h18 (542ème).

Maigre consolation, je suis en photo sur le site des Deux Alpes. Mais si ! Là, sur la 9ème photo ! Vers le panneau à gauche de la piste en short rouge ! Prenez votre microscope électronique ! Et le droit à l'image (floue et pixelisée), bon sang !

20160701 Mountainofhell