Vendredi fin d'après midi, nous prenons la route direction Chasselas pour cette troisième édition de l'enduro du maconnais. Chasselas, joli petit village niché au cœur des vignes...

L’habitant, que l’on appelle le Chasseloutis (il revient au galop) est accueillant, fier de son corps. Il aime à s'exhiber dans le plus simple appareil. Le Chasseloutis reste néanmoins pudique il tente de soustraire son corps fripé de septuagénaire aux regards du citadin en se fondant tel un caméléon dans les pierres de sa propriété avec piscine.

A la question le Chasseloutis a t'il un lien de parenté avec le Dominicus testiculus plus communément appelé le Dom, la réponse est : très certainement. Mais notre spécimen Morvandiau n'aura pas montré son appartenance à cette fière lignée, prétextant des risques de foudroiement lié à l'orage qui, comme chacun sait, peut s'abattre sur tout ce qui dépasse.

La région est belle. Par contre pas facile de trouver un emplacement pour établir notre base : il y a bien une jolie place au centre du village, mais l’accès est fermé.

Nous questionnons un autochtone à la chevelure bouclée circulant dans un C15 rutilant. Qu'est qu'un C15 rutilant me demanderez-vous ? Vous ne me posez pas la question et je vais vous répondre : c'est un C15 équipé de jantes tolées qui n'ont pas la couleur rouille, dont la carrosserie n'est pas verte de moisissure et qui a des portes arrières qui ne tiennent pas avec des extenseurs...

L'homme nous indique un pré au centre du village et nous affirme qu'il n'y a pas de souci, le propriétaire ne posera pas de problème.

Ma grand mère m'avait toujours dit de me méfier des gens qui conduisent des C15 et de ceux qui ont le cheveu qui frise : « C'est le diable qui fait se tordre les cheveux mon petit. Regarde dans notre famille nous avons tous les cheveux lisses comme dans une pub de Jacques Dessanges. Mais mémé j'ai les cheveux qui frisent moi ! Oui mais toi tu as été adopté ». Ouf, je n'ai pas de C15, ça me rassure !

Nous nous installons dans le joli pré en bord de rivière, avec vue sur le château.

Dom s'installe au commande de son barbecue et nous régale avec ses préparations (papillotes de légumes, saucisses, merguez). Nous ripaillons tranquillement quand une silhouette se profile à l'horizon, la démarche rapide et déterminée du mec qui veut annexer l'Autriche. Le pas est martial et la cadence soutenue.

A la question « qu'est que vous faites dans mon pré ?», la première réponse qui nous vient est «euuuuh », on lui explique l'histoire du mec frisé en C15, mais ça n'a pas l'air de l'émouvoir ou alors il a les mêmes superstitions que ma grand mère (voir plus haut).

Bref, il nous accorde le droit de finir notre repas et après on dégage !

Nourris à coup de "Grand reportage", "Enquêtes exclusives", "Au cœur de l'action", on se trouve subitement des affinités avec la culture des gens du voyage : Arrachage de poteaux, défonçage de grillage, pétage de murs... on décide de faire pareil et de braver l'interdit en ouvrant la chaîne de la place du village, on est des fous... Nous défaisons le maillon rapide en 5 secondes et nous nous installons.

A peine posé, le ciel prend une couleur encre et commence à se zébrer d'éclairs, quelques énormes gouttes annoncent le déluge.

Il est l'heure d'aller se coucher, le martèlement des gouttes sur la tente vient couvrir les coassements des grenouilles qui ont décidées d’organiser un rassemblement digne de Woodstock dans la mare voisine.

Samedi matin, la pluie a cessé, il fait très lourd, nous nous installons pour prendre le petit déjeuner alors que les organisateurs s'affairent autour de nous, avec l'installation des tentes, des tables et du podium.

Installés aux premières loges, assis autour de notre table de camping on fait un peu touristes en goguette au milieu des riders debouts, attentifs au briefing. Il ne nous manquait plus que le bob ricard et les sandales avec chaussettes apparentes !

On se prépare vite fait et nous voilà partis pour une première liaison, il fait très très chaud, tout le monde transpire à grosses gouttes, la journée promet d'être longue.

Spéciale 1 : ça manque cruellement de pente et il faut appuyer comme un fou sur les pédales pour garder un peu de vitesse, le terrain est légèrement glissant, je sors dans un virage droite en devers.

Liaison par le chemin des chèvres pour rejoindre la spéciale 2 : départ encore plus à plat, slalom entre les arbres : il faut vraiment du jus pour espérer faire un temps. Mon épaule droite fait la rencontre d'un arbre mais j'arrive à garder l'équilibre et ne perd pas trop de vitesse. (NB : penser à acheter un gilet de protection léger mais qui protège les épaules).

Longue remontée pour enquiller la spé 3 appelée “le chemin des chèvres” 5,3,2,1 GO !!! Plein gaz, j'arrive à la bifurcation, Jacques est en galère, c'est un peu merdique pour tourner et il y a moyen de se bloquer, finalement ça passe plutôt bien, je reprend de la vitesse, arrive une courbe gauche, j’amorce mon virage et je sens l'avant qui se dérobe... Grosse gamelle : ça me chauffe un peu le coté gauche, je me relève rapidement, j'extirpe le vtt de la trajectoire pour laisser passer le concurrent qui me suivait et je remonte en selle.

Le guidon est complétement de travers mais je me dis que ça va le faire jusqu’à l'arrivée... sauf qu'elle n'arrive pas vite et que ça devient vraiment compliqué de piloter comme ça, j'ai l'impression de piloter un vélo désarticulé de clown.

Je profite d'un petit raidillon qui me fait mettre pied à terre pour remettre le guidon un peu plus droit, je force un peu... craquement peu rassurant ... c'est beaucoup mieux, let's go (il ne restait qu'une centaine de mètres...). Je franchis la ligne.

Etat des lieux : un bel hématome sur la cuisse, quelques griffures et rougeurs sur le côté gauche et idem sur l'avant-bras. Les protections non pas bougées ça c'est plutôt cool. Le pneu avant est à plat, ce qui explique la perte de contrôle dans le virage. Un coup de pompe pour regonfler le tubeless et nous repartons sur la liaison direction la spé 4. Trois cent mètres plus loin le pneu est à nouveau à plat, petite pause à l'ombre pour mettre une chambre à air.

Départ de la spé 4 : épuisante de pédalage tant ça manque de partie descendante.

20160528 enduromaconnais

La spé 5 reprend le même tracé, complètement émoussé par la chaleur, je jette l'éponge et roule en mode randonnée. Jacques a des soucis de déraillement et Dom finit à pied à cause d'un pneu arrière à plat.

Pfffiouu fait chaud !!!

On se retrouve sur la place du village autour d'un repas et d'une mousse bien fraîche.

L'année prochaine c'est VAE ou semi rigide !

Classement scratch : Dom 138ème, Jacques 121ème, David 100ème, Jc 83ème.