Viens à saint Dié ça t’fera les pieds.

Prends donc ton semi rigide si t’es intrépide

et si t’es en 26 pouces ne compte pas te la couler douce !

Un vieil adage Vosgien qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Mais rien ne m’a alerté quand je l’ai découvert en feuilletant fébrilement la dernière mouture de l’Almanach Vermot que ma mère venait de m’offrir pour mes quarante-neuf printemps. Une œuvre qui allait rapidement trouver une place de choix dans ma bibliothèque, entre l’intégrale du Club des Cinq et ma collection de Pif Gadget. « Quand on aime la littérature, on aime s’entourer de belles œuvres » me disait un clochard se faisant une literie en dépeçant les mémoires de Nabilla qu’il venait de trouver au fond d’une poubelle... Aux dernières nouvelles il est mort ! Pas assez de matière pour s’isoler du froid. Mouais, triste fin...

Bref, tout ça pour dire que pour cet enduro j’ai mon semi-rigide et que je vais être secoué comme un prunier.

Pour ce périple nous utilisons le fidèle Trafic de Jaco, dont ce sera le dernier voyage (pas à Jaco, au Trafic) car après des années de bons et loyaux services, il est temps de passer la main (pas Jaco ! je vous dis qu’on parle du Trafic).

Samedi 18 heures, nous arrivons dans le minuscule village de saint Jean D’Ormont, ses vingt maisons, son énorme gymnase, son église. Les organisateurs ont terminé les préparatifs, on se retrouve seul sur le site, avec deux autres véhicules de participants. Lancés de tentes Quechua, gonflage des matelas. On tape la discute avec un local qui va faire cet enduro pour la première fois, et comme tout bon local qui se respecte, il nous décrit un terrain de jeu idyllique, une terre tellement généreuse qu'on aurait envie d'en manger (et des fois ça arrive), des arbres en vrai bois, un coin de paradis !

On s’attable autour de l’installation des chronos pour notre repas du soir. Une petite bière fraîche pour se détendre et on va repérer la dernière spéciale dans la pénombre. 700 mètres avec un gros pédalage dès le départ, puis on s’enfonce en sous bois pour déboucher sur un champ avec une petite côte, le tout piétiné par les bestiaux et donc très chaotique.

Ma nuit est un peu agitée, le clocher sonne toutes les heures, les demi-heures. Je me demande même s’il ne sonne pas les minutes et je fais des bonds à chaque sonnerie. Jaco, qui habite à côté d’une église, est habitué, mais moi, en tant que citoyen d’une mégalopole de 1600 âmes, j’ai beaucoup de mal.

Réveillés par l'angélus à 6 heures du mat', nous sommes prêts à faire feu. Nous récupérons nos plaques et filons préparer les vélos, l'hydratation, les barres, les gels. Une heure après, je réagis que l’on n’a pas pris les transpondeurs… Les boulets ! Mais ce n’est pas plus mal, il n’y a plus de file d’attente.

Menu du jour : 31 kilomètres,1300 mètres de positif, 5 spéciales, 1 ravitaillement copieux que nous passerons deux fois.

Nous voilà lancés sur la première liaison, une dizaine de kilomètres de larges sentiers et des portions goudronnées, ça monte tranquillement sans forte pente. Nous arrivons sur un point culminant avec de nombreux rochers. Le terrain de la première spéciale offre quelques belles surprises avec des pierriers qui m’obligent à réduire le rythme si je ne veux pas exploser une jante ou découper un pneu. Je mets même un pied à terre pour franchir une zone. Par choix et pour éviter les catastrophes mécaniques, j'ai une pression de pneus un peu élevée, mais ce n'est clairement pas adapté. Avec comme seul amortisseur arrière la souplesse des tubes acier, l’entrée en matière est violente, je me fais brasser comme pas possible dans les caillasses.

Une branche m’attrape le coté droit du cintre, me renvoie à gauche : Je me vois partir à la faute et finir dans la pente mais le VTT reprend son cap, ça calme un peu mes ardeurs et je finis tranquillement. Arrive enfin une deuxième partie plus dans la pente avec une terre sur laquelle le grip est excellent, beaucoup de flow, un régal.

Les spéciales suivantes seront moins rocheuses, plus fluides, mais avec de bons pédalages ou des coups de cul que l’on ne verra pas arriver et qui obligeront à pousser le VTT. Quelques beaux passages dans de fortes pentes mais toujours un sol avec énormément de grip et parfois des bourbiers. Je passe une bonne partie des spéciales à me ranger sur le côté pour laisser passer les pilotes qui déboulent derrière moi.

Le semi-rigide est un avantage sur les liaisons, je m’économise, mais les jambes et les bras brûlent un peu trop à mon goût sur les spéciales et c'est un combat permanent.

Je ne cherche pas le chrono, je me concentre pour ne pas m’en mettre une et être le plus propre possible dans les parties techniques.

Quelques débuts de crampes viendront couronner tout ça : intérieur de la cuisse, gros orteil...

Nous finissons sur la spéciale repérée à pied la veille. Nous avons le droit de partir quasiment en même temps, je donne tout dans le pédalage de départ quitte à me choper la crampe du siècle. Jaco est dans ma roue et me rattrape dans le champs de patates, je suis scotché avec peu de vitesse et tout mon corps se transforme en une énorme vibration. J'ai bien du perdre un plombage ou deux sur ce coup là. Dernier virage avant le plongeon vers l'arche d'arrivée, un petit tremplin pour le spectacle, voilà c'est fini !

Passage obligé vers la table du chrono pour rendre le transpondeur et récupérer son ticket avec les temps et le classement provisoire. Direction la buvette pour échanger les tickets contre une bière bien fraîche, une pizza ou une tarte flambée. Nous refaisons le plein de calories pendant qu'un groupe nous gratifie de quelques reprises rock.

 Il est temps de tout replier et de tester la douche !

En effet, Jacotrouvetou a installé son système D de douche, à mi-chemin entre le lance-patate et le missile Coréen. En gros, un long tube PVC de couleur noir avec une capacité d’une quinzaine de litres (d’eau !!! Je précise pour ceux qui auraient idée de le détourner de son but initial et d’en faire une pompe à bière ou une chicha géante), une valve permettant de brancher un petit compresseur alimenté par la prise allume-cigare, une connexion pour y brancher une douchette, le tout posé sur la galerie. Laissez le soleil faire son boulot, branchez, douchez-vous avec une eau bien chaude… La classe ! Sous les yeux admiratifs de deux allemands : Franzouse Qualität !!!

Et c'est frais et propre que nous reprenons la route.

Scratch :

JC : 291ème

Jaco : 294ème