Etant le seul représentant du club à être inscrit à l’enduro du Festibike , j’ai la ferme intention de limiter les frais et de dormir dans la remorque fermée récemment acquise. En plus, ça me permet d’emmener mon enduro et mon dh, le grand luxe ! Car oui, le festibike c’est une course d’enduro le samedi et une dh marathon le dimanche.

J’implore les dieux du flamenco, de la roulotte et brûle une guitare sèche sur l’autel du Nigloo sacré pour ce périple. C’est en mode gitan que je prends la route, ma caravane bringuebale au cul du pick-up et sautille sur les routes du Morvan. Mon autoradio déchaîne ses 2x15 watts pour les plus grands succès de Raphael, Kenji, Gipsy King et Yves Duteuil, autant dire que le trajet a été long… Mais comme disait un ancien Président « c’est loin, mais c’est beau », ce qui n’est pas une contrepèterie : En effet « c’est boin, mais c’est leau » ne veut rien dire, donc autant ne pas s’y attarder.

Par contre « J’ai le nom de la russe sur le bout de la langue » comme disait le producteur Harvey Weinstein, en parlant de l’actrice Natalya Rudakova permet de concilier contrepèterie, bon goût à l’américaine et scandale sexuel. Pour ceux qui ont du mal avec les subtilités de la contrepèterie je vous conseille le très bon livre de Jean-Luc Assec « il fait beau et chaud » édition Galimard, ou encore « la contrepèterie pour les nuls », qui pour le coup existe vraiment et ça, comme disait pépé, ça me trou le cul.

J’oublie volontairement le plus confidentiel « Mein kampf », car je maîtrise mal les subtilités de la langue de Goethe.

Bref, Les Alpes du Grand Serre, petite station familiale, son plan d’eau, ses pistes, ses chemins de randonnées, son air de stationnement gratos avec commodités, son petit bike park, un cadre très agréable et bucolique… Tel un colonialiste débarquant de façon triomphale en terre africaine, je plante un grand coup de frein à main levant un nuage de poussière pour garer mon attelage dans ce paisible paysage… Je stationne à coté d’un trailer de l’extrême bien sympathique, qui, le soir à la veillée à la frontale, me raconte ses exploits, les chiffres de D+ qu’il avale me font halluciner.

C’est profondément épuisé par les récits kilomètriques qu’il engrange que je vais préparer mon lit douillet. Les principes du feng-shui me dictent de me positionner de façon à avoir la tête coincée entre le pédalier et le dérailleur, c’est la première fois que je dors aussi près de mes VTT, j’avoue ressentir une légère excitation… Note à moi-même : il faut vraiment que j’aille consulter.

Une bonne nuit de sommeil, un peu froide, mais la journée s’annonce agréable. Je file récupérer mon dossard et décide de commencer à monter vers la 1ère spéciale sans attendre le briefing. La piste est identique à l’an dernier, j’ai le temps de repérer à pied. Les pilotes commencent à arriver, il fait encore frais et tout le monde cherche une place baignée par un rayon de soleil.

Les premiers pilotes s’élancent sous les encouragements des autres concurrents et d’un groupe d’une douzaine de belges particulièrement énervés. C’est mon tour, je m’avance jusqu'à la ligne de départ : 5 secondes, 4, 3, 2, 1 gooo !

Petit pédalage à plat sur un chemin forestier pendant une cinquantaine de mètres et je plonge entre les sapins. Les sensations ne sont pas terribles, le sol très meuble donne l’impression de rouler avec deux pneus percés et le rythme semble lent. Dès les premiers mètres, j’ai les cuisses en feu… Il faut absolument que je travaille l’échauffement. Je franchis la ligne d’arrivée sans encombre mais avec la sensation d’avoir été un insecte courant un
100 mètres sur du papier tue mouche…

On remonte la liaison par la route, un VTTAE passe comme une fusée… Grosse baisse de moral ! La spéciale 2 reprend le même départ mais on reste sur le chemin forestier sur un bon 500 mètres, il faut énormément pédaler avec le risque d’être à l’agonie dans les parties techniques. Je décide de ne pas me mettre dans le rouge dès le départ. Une fois sortie du chemin, le tracé devient plus technique : Nombreux virages en épingle, passages jonchés de caillasses quasi trialisants en côte, pierriers. J’arrive à rester sur le vélo dans les côtes piégeuses mais je suis obligé de me ranger pour laisser passer un concurrent qui klaxonne.

L’arrivée est jugée après une passerelle chevauchant un petit ruisseau, le ravito nous attend.

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J’ai dans le souvenir que la liaison qui suit est particulièrement pentue. Je décide de ne pas m’attarder et commence à me diriger vers la spé 3. Il commence à faire bon, on cherche l’ombre.

Départ pour une spéciale rapide avec de grands virages dans les sous bois. La partie finale, qui était un gros pédalage en côte à travers champs a été supprimée, le chrono s’arrête dès la sortie du bois.

Ultime liaison de la journée pour remonter jusqu’à la station par la route, le temps de taper la discute entre deux halètements avec un bénévole de l’asso que j’aperçois déjà le télésiège qui nous tend les bras pour les deux dernières spéciales, dont une qui a été fraîchement tracée et que les organisateurs n’ont même pas pu tester, ce sera une future piste noire de DH. Ça promet ! J’en profite pour faire un tour jusqu'à mon campement afin de me débarrasser du sac à dos.

Quelques minutes de télésièges plus tard, nous voici dans les alpages.

Alors que la majorité des troupes est en mode farniente, je me concentre sur le début de la spé4 : Le balisage et les portes permettent des trajectoires particulièrement intéressantes, je me connecte en mode David chasseur de coupes !

Les premiers concurrents s’élancent, de nombreux pilotes ont du mal à comprendre le balisage et font des fausses routes ou des détours impressionnants… il y a clairement des poignées de secondes à gratter. J’ai repéré ma trajectoire, il faut juste bien viser pour ne pas planter la roue avant dans une saignée ou une galerie de marmotte. Je suis mon plan de route à la lettre et c’est fier de moi que j’aborde le pédalage.

Petit problème : si j’avais poussé mon repérage cent mètres plus loin j’aurai pu constater que l’étroit sentier montant avait été piétiné par un troupeau de vaches alors que le sol devait être humide et qu’une fois sec il s’est transformé en un véritable champ de cratères, totalement inroulable ! Avec en prime le risque d’accrocher la pédale sur le bord gauche, ce que je m’empresse de faire ! S’en suit une figure de rodéo qui me vaudrait les félicitations du jury ! Un bandeau déroulant façon BFMTV m’annonce « grosse gamelle en perspective pour le n°25», je commence à serrer les dents mais comme par magie la monture et le cavalier se remettent en ligne. Je souffle un grand coup et relance pour finir la montée dans les alpages. Je vire dans la forêt et poursuit jusqu’à l’arrivée sans encombre.

Il est temps de voir ce que les locaux nous ont concocté pour la spé5. Les premiers départs sont donnés et les clameurs d’une foule galvanisée s’élèvent de la forêt. Difficile d’accéder aux premiers mètres de la piste qui cumulent forte pente et difficultés. Quelques dizaines de coups de pédales après le départ, deux itinéraires possibles, un bien engagé et l’autre un peu moins mais avec un virage à angle droit particulièrement difficile à négocier, la piste étant toute fraîche, les appuis sont fuyants.

Les pilotes massés sur ce passage sont partagés et j’ai beaucoup de mal à faire un choix. Les encouragements fusent quand un concurrent pointe le bout de son pneu et c’est l’exultation quand on assiste à un passage en mode world cup... je veux faire la même chose !!! J’aviserai sur le vélo ! Finalement j’opte pour le passage engagé qui est quand même le plus rapide. Le style est moins spectaculaire mais je passe sans m’étaler ce qui est déjà un exploit. Quelques pierriers, de la pente, la piste est sympa, on finit sous le télésiège avec une arrivée vers la salle des fêtes.

Les organisateurs avaient donné pour consigne de faire attention (passage engagé, échappatoire…), bête et discipliné j’ai donc roulé sur la réserve de crainte de lâcher les freins sur un obstacle imprévu alors que ça pouvait passer à toute berzingue… on le saura pour la prochaine fois.

Il est temps de ranger le matériel et de préparer le gros vélo pour la dh marathon du dimanche.

Le soir c’est remise des prix et tombola dans une atmosphère de folie, les représentants belges donnent tout : à l’appel de leur numéro certains finissent torse nu ou se laissent glisser sur les genoux tel un joueur de foot ayant marqué le but décisif.

Nous nous retrouvons dimanche matin pour le repérage obligatoire du tracé, pointage, vérification des protections et nous nous élançons.

Toujours autant de pente, une belle passerelle, le passage dans un lit de rivière, un gros pédalage et un final tout en virages et en fluidité dans les bois. Je vais être un peu à la peine sur les relances et faux plats mais je privilégie le vtt de DH pour la partie haute.
14 heures : Le télésiège nous remonte et nous finissons à pieds pour rejoindre le départ, les organisateurs nous font monter un mur d’une cinquantaine de mètres jonché de caillasses dans un couloir d’une vingtaine de mètres. Nous positionnons les VTT en haut de ce mur. Gloups ! ça promet un beau bordel ! Les pilotes commencent à s’inquiéter, un départ en masse dans ces conditions est très risqué. L’orga nous laisse croire jusqu’au bout que le départ sera fait de ce point mais il n’en sera rien, ils aiment bien la rigolade aux Alpes du Grand Serre !

On positionne les vtt plus bas, bien à plat, c’est toujours le même problème : impossible de faire une seule ligne et ce n’est pas équitable ! Une manche de qualification le dimanche matin permettrait de résoudre le problème.

Les organisateurs ont beau nous dire « ceux qui veulent rouler se mettent devant, les autres derrière » ça ne fait pas beaucoup avancer le problème… tout le monde veut partir sur un pied d’égalité et au final on se retrouve avec 4 lignes. Mon vélo est sur la 3ème ligne, les pilotes sont 30 mètres derrières, fumigène, coup de pistolet d’alarme, c’est parti !

Entre ceux qui s’étalent en se prenant les pieds dans les mottes de terre, ceux qui ne retrouvent plus leur bike et ceux qui piétinent les rayons des copains, le constat est vite fait : c’est le chaos. Sur le début de piste, c’est du grand n’importe quoi, des pilotes s’affranchissent des portes alors que les autres bouchonnent pour respecter le balisage. Dès que l’on s’éloigne de la trace principale ça secoue énormément et la perte de vitesse est instantanée. J’ai vraiment pris un départ catastrophique et je me retrouve dans le fin fond de la horde sauvage.

Dès l’entrée dans le bois ça bouchonne sévère et à chaque difficulté : Des paquets de pilotes agglutinés, je prend 1,2,3,4 échappatoires pour contourner les ralentissements, le 3ème échappatoire est horriblement long (à oublier pour les futures éditions).

J’enchaîne sur la remontée qui pique avant de replonger dans les bois, je double une féminine et me trouve coincé derrière un concurrent qui s’étale sur une petite difficulté et occupe toute la piste. Il remonte en selle et me laisse finalement passer quelques dizaines de mètres plus loin. Un autre concurrent part en 180° et se couche dans un virage à angle droit sur route humide, je dépasse un dernier pilote sur un petit coup de cul avant l’arrivée.

Je franchis la ligne et je pose directement le vélo sur la remorque, direction le bus pour la remontée vers la station. La conductrice du bus attend d’être au complet pour nous remonter. C’est loooong… Le bus baigne dans une atmosphère de transpiration et de bonne humeur. Le temps de ranger c’est un départ vers 17 heures pour rentrer à la maison.

Résultat des courses :
Enduro : 79ème au scratch - 10ème master
DH : 41ème scratch 5ème master