Nous arrivons jeudi soir aux Deux Alpes pour la 18ème édition de cette épreuve mythique qu'est la Mountain Of Hell.

Jaco est un peu malade, un suppo et au lit sans passer par la case apéro et repas, David et moi sommes affalés sur le canapé, absorbés et bercés par un vieux James Bond.

Vendredi matin, après une nuit de 12 heures, Jaco va mieux. Retrait des dossards et on file se préparer pour le repérage de la course et de la qualif.

La montée en télécabine nous permet de constater qu'un manteau neigeux s'est invité sur les reliefs. Arrivée à 3200 mètres, il fait particulièrement frais, à peine le temps de jeter un œil sur le haut du glacier pour entrevoir que la fin de la piste se referme encore plus que lors des éditions précédentes : ça promet ! Ce n'est pas le moment de traîner, le froid nous saisit, nous filons plus bas sur la neige qui est bien dure et offre un excellent grip.

Nous passons pas mal de temps sur les pierriers du tracé du dimanche. C'est là que ça risque de bouchonner, il faut donc étudier les itinéraires de délestage, et ils sont nombreux !

De retour sur la place de l'office du tourisme, on retrouve la dream team Guillaume / Vévé / Body. En descendant un trottoir d'au moins 10 centimètres en mode world cup, je pète ma chaîne, rien que pour embêter les autres. Je supprime deux maillons, c'est tendu comme un string, pas question de faire le couillon !

C'est partie pour le repérage de la qualification : premier constat, ça va bouchonner après le tunnel car la voie de gauche a été condamnée, on enchaîne sur le gros pédalage qui affole le cardio puis on s'attarde sur le passage dans les rochers qui offre pas mal de possibilités. On valide l'option tout à droite. On enquille le long passage à flanc de montagne et nous arrivons dans les prairies ou il faut bien ouvrir les yeux car les traces aux sols ne sont pas forcement le chemin le plus court.

Passage technique avant le petit pont, à moins d'être devant, il y aura un ralentissement et ça sera à pied. Guillaume en profite pour faire un peu de terrassement et remettre en état l’accès au pont

Gros pédalage avant l'arrivée... Mon sixième sens devait être en RTT quand j'ai opté pour le gros vélo !

Jaco s'est satellisé, c'est pizza au menu avec un hématome qui s'annonce copieux. Ça va être compliqué de monter sur le vélo demain ! Retour au camp de base, confection d'un patchwork de chaîne avec des restes que je trouve dans la caisse à outils, on va dire que ça tiendra !

Petite soirée raisonnable au pub. On a la mauvaise idée de s'installer dans les canapés autour d'une bière, au bout de 10 minutes la moitié du groupe somnole, on décide de rejoindre nos matelas.

Samedi matin, petite mise en jambe pour ne pas partir à froid sur la manche de qualif, on mouline avec David histoire de ne pas exploser au premier pédalage. Le hasard a bien fait les choses, on se retrouve dans la même vague avec David, Guillaume, Body Vévé et moi même. J'ai la chance d'être en seconde ligne, tel Charles Bronson dans « Il était une fois dans l'Ouest », je surveille le membre des choucas qui manipule la corne de brume prêt à dégainer mon meilleur coup de pédale...c'est parti, le départ est correct et je suis bien positionné, ça se gâte dès que l'on a viré derrière le chalet, le terrain devient mou et j'ai du mal avec mon tank.

Ca bouchonne très rapidement dès la sortie du tunnel et les premiers ont déjà une bonne longueur d'avance. Je sens que je peux monter le coup de cul sur le vélo, ce que je fais sans me faire doubler... c'est bon ça ! Arrive la descente rapide dans le schiste, je gère et je kiffe mon pilotage jusqu'au moment ou je vois passer un mec qui roule deux fois plus vite que moi : ça me met un coup au moral... petite remontée avec le passage dans les rochers que nous avons repéré, j'enquille à droite et dépasse 6 ou 7 concurrents qui sont sur l'itinéraire principal.

Long pédalage sans possibilité de doubler à flanc de montagne, je commence à avoir soif, je me dis qu'une petite mousse serait bienvenue, j'ai un mal de dos qui commence à pointer. Est-ce que j'ai bien éteint le gaz en partant ? Y-a-t-il une vie avant la mort ? Une dérobade de l'avant qui manque de me faire partir à la faute me rappelle à l'ordre... On se concentre sur le pilotage.

Quelques erreurs de direction dans les prairies me font perdre une poignée de secondes.

Comme prévue le passage technique précédant le petit pont se fait à pied pour cause de procession de vttistes. Je négocie tranquillement la dernière partie et les virages qui mènent sur la route. Il est l'heure de pédaler, un coup d’œil derrière je reconnais la tenue de Guillaume, je me retourne pour lui dire deux mots et lui me passe comme une fusée. Je m'accroche en maintenant une bonne cadence de pédalage pour finir la conversation. Je le recolle, il se retourne me voit quasi dans sa roue et en remet une couche, il n'a pas envie de discuter le gaillard. J'ai beau appuyer comme un force, l'engin ne répond pas aussi facilement qu'un VTT d'enduro... je le laisse filer. J'arrive quand même à doubler quelques concurrents. Le tunnel qui annonce la ligne d'arrivée se dessine au loin, je jette un regard derrière et là, j’aperçois Body qui sournoisement arrive en mode avion furtif, avec dans l'idée de me passer, mine de rien... Les Auvergnats se sont donnés rendez vous !!! Je mouline de plus belle pour rester devant. Joli tir groupé sur notre vague. David arrivera quelques minutes après. Ayant été surpris par le coup de corne de brume, il s'est fait enfermé au départ. Vévé arrive tranquilou, en mode no stress.

On se désaltère, on ingurgite ce qui nous passe sous la main : sandwich, melon, abricot, barre de céréale, redbull kiwi-pêche-pruneaux-pommes de terre nouvelles ou un truc du genre et on remonte grâce à Jaco qui est venu nous attendre avec le trafic.

Samedi soir, extinction des feux à 21h30 pour un réveil à 4h30. Pendant que Jaco reste bien au chaud, nous enfilons les vêtements chauds soigneusement préparés la veille. Dernière vérification de la pression des pneus et c'est parti.

On se retrouve tous au pied du Jandry Express qui va nous emmener vers l'enfer blanc. Nous descendons à 3200 mètres dans un épais brouillard, la file d'attente pour accéder au funiculaire nous laisse le temps de bien nous refroidir. Nous embarquons enfin et, quelques minutes plus tard, nous sommes à 3600 mètres : on s'engouffre dans l’ascenseur en mode automate avec une organisation millimétrée.

La porte de l’ascenseur s’ouvre, ambiance aire glacière, nous nous dépêchons d’aller pointer vers la bénévole qui contrôle l’accès aux lignes de départ en mode Mister Freeze, nous plaçons vite fait nos VTT et revenons rapidement vers le bâtiment.

Le hall est plein, nous descendons dans les niveaux inférieurs…

Niveau -1 : ambiance survivaliste, les mecs attendent la fin du monde bien au chaud dans leur duvet.

Niveau -2 : ambiance post apocalyptique.

Niveau -3 : ambiance préhistorique, pas de lumière une pièce toute noire une légère odeur de fioul ! Parfait, on décide de s’installer ici. Deux heures à attendre, allongés sur le béton recroquevillés sur nous même nous cherchons à ne pas trop nous refroidir, notre pudeur et les rêves de relations homosexuelles que vient de nous raconter Guillaume nous empêchent de nous blottir les uns contre les autres... Eventuellement fermer les yeux pour grapiller quelques minutes de sommeil supplémentaires.

Bientôt 9 heures, il va falloir remonter à la surface. Dans la pénombre de notre grotte, je distingue la silhouette d’un jeune artiste du paléolithique qui, accroupi dans un coin, la peau de bête sur les chevilles nous montre les rudiments de l’art pariétal et des peintures rupestres. Ce sont les balbutiements, l’œuvre est grossière, monochrome et sent fortement, l’odeur prend à la gorge. On s’agglutine un peu plus vers la porte de sortie pour chercher un apport d’air frais...Bravo l’artiste.

Des pilotes s'extirpent des entrailles du glacier et avancent lentement telle une horde qui semble directement sortie d’une série Z apocalypse zombie, ça grouille, c'est totalement irréel.

Le temps est toujours identique, brouillard avec une visibilité d’une trentaine de mètres. A peine le temps poser nos coupe-vent, bonnet, tour de cou, gants chauds et de faire quelques échauffements que notre speaker préféré nous annonce un départ dans 5 minutes.

Guillaume est sur la même ligne juste à ma droite, on sautille et on se motive, on s'étreint, je repense à son rêve, je flippe. Riff d’Highway To Hell, corne de brume, nous enfourchons nos bicyclettes, en route pour l’inconnu...

Difficile d’évaluer ce qui se passe devant, j’opte pour une conduite raisonnable, j’avance prudemment. Soudain, je traverse une large bande de neige fondue, effet immédiat : plantage de la roue avant, cascades des concurrents qui arrivent mach 2 et se font surprendre, je n’ai plus aucun repère et me demande ou j’en suis de ce glacier. La vitesse se réduit, la neige devient molle, il faut pédaler un peu, on est à 3200 m, au niveau de l’arrivée du Jandry. Nous replongeons sur le dernier schuss qui nous emmène vers l’entrée du funiculaire, il faut bien rester à droite et ne pas se faire embarquer sur l’autre piste. Il y a bien quelques marquages bleus sur la neige, mais ils ne sont visibles qu'au dernier moment. Voilà, la partie flippante est terminée ! Maintenant c’est la mêlée, il faut pousser le vélo pour rejoindre le chemin de 4x4. Je retrouve David qui se demande ce que je fais derrière lui alors que j’étais 5 lignes devant lui...

Le premier pierrier est en visu, alors que la masse de pilotes roule sur la même trace, nous nous engageons sur les itinéraires bis repérés la veille. Effet immédiat : on double un énorme paquet de concurrents. Le repérage porte ses fruits.

J'arrive à rester sur le vélo et à prendre les trajectoires les moins encombrées. Nous sortons des pierriers, le chemin de 4x4 remonte, je finis en poussant. La pente s'inverse, le terrain offre de belles opportunités pour doubler, je lâche tout jusqu'au prochain névé. Le tracé se transforme en single glissant, ça bouchonne sec. Nouvelle côte, je pousse, j'en profite pour ranger mes lunettes qui se couvrent de buée. J’aperçois derrière moi un maillot bleu et jaune fluo, c'est David qui monte en pédalant, j'en profite pour faire un petit travelling avec la gopro, il me dépasse, ça bascule à nouveau, virages relevés, tables, un bon flow, mais le pilote devant moi n'est pas assez rapide à mon goût. J’aperçois Guillaume arrêté en bord de piste, je suppose un problème mécanique (en fait, il s'est enflammé sur une table et a tapé le virage suivant : avant bras ouvert avec points de sutures internes et externes, mais pour l'instant il ne le sait pas encore et tout va bien, c'est juste une égratignure... Gaz en grand !)

Je retrouve David dans la montée suivante, la conjugaison de « Faire du vélo » donne :"je pousse, il pédale". On replonge sur la grande piste 4x4. En position de recherche de vitesse et grâce à mon plateau de 34, je le dépose et dépasse quelques pilotes. Je me fais ensuite bouchonner sur la piste permanente jusqu'à la station. Pédalage pour rejoindre le circuit de grande randonnée (GR), je me sens étonnement bien, pas essoufflé, pas mal aux cuisses.

Les premiers mètres du GR annoncent la couleur : très, très glissant, goulottes métalliques sans pitié pour ceux qui osent les effleurer de la roue avant. J’aperçois Jaco en spectateur dans un virage et le salue avec une petite figure dite du « pure sang cambrant dans les Appalaches », en deux mots je perd le contrôle du vélo et monte dans la butte sans réussir à le remettre en ordre de marche. Le GR est lui aussi infernal, impossible de se relâcher. Des virages, des marches, le tout en mode rallye de Finlande.

Je retrouve Body couché dans un virage, il s'est pulvérisé le bas ventre sur la potence mais me dit d'une voix de castra que ça va.

Enfin, le dernier virage de ce GR, on plonge et on remonte vers la piste permanente Venosc. Alors que je veux passer un concurrent dans la cote, la chaîne reconstituée me lâche. Je fini chainless, avec le dérailleur qui vient jouer du xylophone sur les rayons, je croise les doigts pour ne pas qu'il s'enroule autour du moyeu... Body en profite pour me doubler. Je roule sur un pilote qui chute devant moi. Je fais de la patinette pour relancer.

Nous franchissons la ligne à quelques secondes les uns des autres, après une course de moins d'une heure. Le transpondeur de Jaco fait claquer un temps canon !

On se retrouve l'an prochain !

David scratch : 254ème

Jaco scratch : 255ème

JC scratch : 250ème